Historiette n°2 : Pinpilin.

    Un récit très court, né au détour d’un après-midi paisible, parce qu’on a ici des retours de printemps… Un peu pour m’amuser, un peu pour vous amuser.

Pinpilin

   L’hiver avait été long et morne, et il avait tant plu que la terre gorgée d’eau avait attiré des milliers de moustiques bruyants et dérangeants. La lumière lui avait manqué : elle perçait à peine les voilages de son abri. La chaleur lui manquait : il avait dû se lover sur lui-même pour se sentir bien. A quoi bon sortir de chez lui alors que le temps, maussade, faisait tout pour le retenir dans un douillet cocon ? Il savait qu’avec le retour des beaux jours, ce serait comme une résurrection. Il pourrait à nouveau se prélasser dans de beaux jardins verdoyants, sentir l’air pur et frais des forêts qui entouraient son refuge.

Enfin, le printemps avait éclos. Alors, il s’était senti pousser des ailes ! Il avait pris son envol, titillé par les phéromones printanières et avait savouré ce moment privilégié.

Au début, il avait été un peu dérouté. Il y avait tant de choses à faire en si peu de temps ! Comment profiter de tout ?

Le vent sur son nez retroussé était un plaisir infini. Comme c’était grisant de sentir tout le miel et le sucre que le printemps charriait dans sa bise légère ! Il en avait les poils tout hérissés. Il ne se lassait pas de découvrir encore et toujours les vastes étendues d’herbes aux mille fleurs, dont les couleurs chatoyantes se reflétaient dans ses pupilles dilatées. Quel bonheur, quelle jouissance même !

Il se laissait porter, sans but précis, se contentant de goûter à tous les plaisirs simples que la vie lui offrait : se délecter du nectar sirupeux des premiers fruits, humer avec volupté la terre humide de rosée, admirer la poussière miroitant au soleil. Il s’était penché vers quelques jolies fleurs qui dévoilaient leurs charmes et, badin, il leur avait compté fleurette ; parfois il leur avait caressé le pistil, coquin. Il avait croisé bien des rivaux qui se seraient volontiers battus pour ces belles plantes, mais il les avait tous repoussés. Il se sentait invincible, il était le plus rutilant de tous. Il avait aussi croisé des mauvaises graines, mais il les avait dédaignées. Rien ne devait gâcher ces beaux jours si prometteurs.

Chamboulé par tant d’émotions, il se sentait d’humeur romantique : où était donc celle qui serait, parmi toutes, son âme sœur ? Alors qu’il flânait, il l’imaginait, parée de couleurs vives, ondulante et insaisissable. Ils seraient heureux ensemble, ils pourraient parcourir les chemins du monde. Ils auraient des enfants, plein ! Eux aussi aimeraient le printemps, qui verrait leur premier envol. Eux aussi…

PAF !

– P’tin ! Ce fichu papillon a pourri mon pare-brise !

Laissez un commentaire

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.