Historiette n°11 : La Mort amoureuse.

La Mort fut prise au dépourvu. Et elle se trouva face à un dilemme bien cruel. Emmener la jeune femme revenait à lui faire quitter à jamais le monde qui était le sien, ne jamais la revoir. Elle s’y était préparée, mais la réalité lui semblait subitement trop pesante. Pourtant, tant que la jeune femme serait en vie, elle serait obsédée par sa présence, son absence, son souvenir. Pour la première fois, la Mort ne sut que faire. Les yeux noirs se levèrent de nouveau vers elle, plongèrent dans les abysses de son esprit, sondèrent. Un chant s’éleva dans l’église, résonna contre les murs. La Mort sentait les secondes s’égrener mais elle demeurait indécise. La jeune femme murmura alors de nouveau :

– Emmenez-moi, ne me laissez pas ainsi.

La Mort enveloppa alors la jeune femme dans ses bras et ensemble, elles sortirent de l’église. Les pierres murmurèrent en les suivant du regard, les villageois ne s’aperçurent que vaguement que Lyana, la fille du défunt charpentier, quittait les lieux d’un pas mal assuré.

Dehors, la bise hivernale soufflait. Lyana se serra contre le corps froid de la Mort. Celle-ci prenait grand soin de la jeune femme, l’effleurait de son souffle, de ses doigts, craignant de la voir disparaître. Elle l’emmena doucement vers le perron où elle l’avait vue la première fois et l’y assit, la contempla.

– Je ne peux t’emmener, énonça-t-elle simplement.

– Pourquoi cela ?

– Je ne peux pas. Je…

Que les mots étaient cruels lorsqu’ils se mêlaient de vivre d’eux-mêmes. Ils se bousculaient pour sortir, tout en refusant d’admettre l’inadmissible. La jeune femme attendait.

– Je ne peux pas car je t’aime. Voilà. Cela ne s’explique pas, les choses sont ainsi.

La jeune fille écarquilla les yeux, bêtement surprise.

– Mais… moi ? Pourquoi moi ?

La Mort haussa les épaules.

– Est-ce que je sais pourquoi les oiseaux volent ? Pourquoi le vent souffle ? Je l’ignore. Je voulais juste te voir une fois, encore une fois, avant d’oublier. De passer à autre chose.

– Alors, qu’attendez-vous ? Si vous m’emmenez, vous aurez réglé votre problème. Vous ne me verrez plus jamais.

Une lueur de défi brillait dans son regard. La Mort fixa le sol.

– Je n’y arrive pas.

– Vous réfléchissez trop. Vous êtes la Mort. Vous devez faire ce pourquoi vous existez.

La Mort secoua la tête, douloureusement. Elle inspira profondément, et se pencha vers Lyana.

– Un baiser… Pour ne jamais oublier…

Pages: 1 2 3

  1. Cyril Lignac dit :

    J’aime cette personnification et tes jeux de mots!

    Je passe 10 minutes de ma soirée à lire ça et c’est comme si je dégustais un couscous délicieusement préparé et bien assaisonné.
    Tu me nourris de tes lignes, je ne sauterai pas un repas avec toi.

    Ce plat m’a plu, mais je ne suis pas rassasié.
    Tu me donnes l’eau à bouche, j’attends la suite.

Laissez un commentaire

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.