Historiette n°10 : Mancy

L’émission touchait à sa fin, il n’en avait pas regardé la moitié. Marc éteignit le poste. Il n’arrivait pas à se concentrer, à se fixer sur une activité. Il se questionnait sur son avenir sans Mancy. Se rendait compte qu’il allait devoir poursuivre sa vie seul. Angoissait. Regrettait. Il se leva et se dirigea vers le bar, ses pas résonnèrent sur le parquet. Il se servit un whisky. Cela faisait longtemps qu’il trouvait dans l’alcool un réconfort certain. Pas au point d’être alcoolique, non. Il ne voulait pas que les choses lui échappent, il devait garder le contrôle. Mais un verre de temps en temps, en situation de crise, cela lui faisait du bien. «Ça vous requinque un homme ! », avait-il coutume de dire. Il avait besoin d’être requinqué.

Parce que c’était lui qui avait tué Mancy.

Il ne l’avait pas voulu, évidemment. C’était de sa faute, à elle. Son manque d’éducation, encore. Pourtant, il avait essayé de lui inculquer de bonnes manières ! Elle avait été la goutte d’eau, après une journée particulièrement pénible. Elle avait essayé de s’échapper ! Elle avait profité de son absence et elle avait pris la poudre d’escampette ! Il était rentré, épuisé, pour constater qu’elle n’était pas là pour l’accueillir. D’abord, il avait été inquiet, il l’avait cherchée dans la maison : peut-être se cachait-elle ? Dormait-elle dans un coin ? Mais il s’était vite rendu à l’évidence. La colère l’avait pris, incontrôlable. Il était monté en voiture et avait sillonné le quartier, un chouette quartier résidentiel, calme et sans histoire. Il l’avait retrouvée quelques kilomètres plus loin, marchant sur un trottoir, l’air perdu, hagard. Il s’était garé à son niveau, l’avait fait monter et l’avait ramenée, sans mot dire. Elle n’avait pas cherché à lui échapper.

Elle s’était installée sur la banquette arrière, sans broncher, les yeux baissés. Elle savait, la bougresse, ce qui l’attendait. Une fois revenus à la maison, il l’avait punie. Mais la fatigue, l’énervement, la rage l’avaient submergé. Il n’avait même pas entendu ses gémissements de douleur. Lorsque la punition avait pris fin, Mancy gisait au sol, inanimée. Le collier qu’il lui avait acheté s’était cassé et traînait au sol. Il l’avait ramassé, mécaniquement. Il n’avait pas de suite compris. Il s’était servi un verre, puis un autre. Les brumes de l’alcool l’avaient aidé à se reprendre, à surmonter le vide qui s’était emparé de lui. Après tout, ce n’était que Mancy. Personne n’avait besoin de savoir, autour de lui. Elle ne manquerait à personne. Il était allé dormir du sommeil du juste. Après tout, il n’y était pour rien, tout était de sa faute, à elle.

Ce n’est qu’au moment où il l’avait enterrée qu’il avait compris. Compris qu’il l’avait définitivement perdue. Compris qu’il était définitivement perdu. Il avait alors pleuré comme un enfant, comme un fou. Marc engloutit son whisky d’une traite, puis s’en servit un second, puis un troisième. L’alcool : rien de mieux pour vous remettre les idées en ordre. Il jeta un regard vide vers le cadre brisé qui gisait sur le carrelage de la cuisine. La photo s’en échappait, comme d’une plaie béante. Le visage rond et souriant de Mancy le narguait, comme pour lui rappeler combien ils auraient pu être heureux, s’il ne l’avait pas tuée.

 

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  1. Chuck Noland dit :

    Tu crois que Mancy ira au paradis des chiens?
    J’aurai aimé rester enfant pour le croire,
    retourner à cet instant où tu ne réalises pas encore ce que c’est que le vide.

    Oh et je boirai un verre de champomy à ta santé et à tes récits, il faut juste que je trouve un moyen de quitter cette île.
    Tu crois que si je construis un radeau?…

  2. Luis dit :

    Brrrrrrrrrrrr. Toutes des chiennes !
    Pequeñita guapa, à défaut de te voir, quel plaisir de te lire ! Pour info, étant redevenu valide, mes amis sont encore plus les bienvenus.
    Mil besos, Luis.

  3. Luis dit :

    Et en plus, il faut faire des maths !!!

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