Chapitre 3 : Le Grand Bal.

Un lourd doute teinté de désespoir assaillit alors l’esprit de l’adolescente. Était-elle coincée là pour toujours ? Et qu’était ce « là » où elle se trouvait ? Elle s’effondra sur le lit, la gorge nouée, les larmes aux yeux. Elle ne savait plus quoi faire. La porte s’ouvrit alors de nouveau.

– Mademoiselle ? Mais que faites-v… Oh !

Une fillette d’un roux flamboyant, encore plus jeune qu’Emily, entra dans la pièce, et se précipita vers elle.

– Mais qu’avez-vous, Mademoiselle ? Pourquoi pleurez-vous ?

Sa voix emplie de sollicitude fit éclater Emily en sanglots.

– Je veux… je veux rentrer chez moi !

– Oh. Je vois. Je crains que ce ne soit pas possible, Mademoiselle. Vous êtes ici chez vous, comprenez.

Emily sanglota de plus belle.

– Non, chez moi, c’est une maison, j’habite à Rennes, en France. J’habite pas dans un château je sais pas où !

– Vous êtes bien chez vous, Mademoiselle. Et vous devez vite vous rendre au bal sinon les invités vont s’impatienter. C’est vous qui les avez convoqués, ils vous attendent.

– Hein ? J’ai rien fait !

– Vous avez ouvert la boîte, Mademoiselle. Vous les avez appelés.

– Que… quoi ?

La fillette s’effraya soudain et plaqua ses mains sur sa bouche.

– Je ne peux rien vous dire de plus. Mais Mademoiselle, pitié, venez au bal ! Si les invités se fâchent, ce sera affreux. Oh, je vous en prie, venez… Ne sentez-vous donc pas déjà comme ils trépignent ?

Emily, dont les pleurs avaient séché au fur et à mesure de la discussion, se rendit alors compte que l’atmosphère avait imperceptiblement changé. Elle la sentait plus électrique, plus lourde. Tendue, comme juste avant un orage. L’imminence d’un danger la menaça subitement, et elle comprit qu’elle devait agir. Elle se sécha les yeux et se leva doucement du lit.

– Dis-moi au moins où je suis, tenta-t-elle une nouvelle fois, tutoyant spontanément la petite fille.

– Vous êtes chez vous, Mademoiselle. Dépêchez-vous d’enfiler la robe.

Sa voix prônait l’urgence.

– Et toi, tu es quoi ? Une sorte de servante ?

– Je m’appelle Ingel, Mademoiselle. Je suis domestique ici depuis des années. La robe, Mademoiselle…

Ingel s’était levée et tournait autour d’Emily qui enfilait la robe difficilement, après avoir ôté son pyjama.

– Des années ? Mais tu as quel âge ?

– Je ne sais plus trop, Mademoiselle. J’ai arrêté de compter. Il va falloir vous coiffer un peu, attendez.

Ingel fit asseoir Emily sur le lit, et arrangea ses longues boucles brunes avec dextérité.

– Tu as l’air d’avoir dix ans, tout au plus.

Ingel éclata de rire.

– Non, je pourrais être votre mère, Mademoiselle. Enfin, dans un autre temps…

Sa voix se cassa un peu sur ces mots et elle interrompit Emily avant que celle-ci ne puisse reprendre la parole :

– Vous êtes prête. Ne tardons pas, Mademoiselle. Le temps nous est compté.

Elle lui désigna une paire de chaussures restée dans le bas de l’armoire, parfaitement assortie à la robe.

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