Chapitre 3 : Le Grand Bal.

Après une longue attente, voici la suite de la Ballade du Rouge. On y retrouve Emily…

Pour rappel, et organisation de lecture, vous trouverez les parties précédentes aux liens suivants :

Chapitre 1 – Partie 1 ;

Chapitre 1 – Partie 2 ;

Chapitre 2.

Bonne lecture !

Partie 1 : Ingel.

À la place du grenier, Emily se trouvait dans une chambre. Mais elle n’avait rien à voir avec la sienne. Le mobilier datait d’une autre époque, et rappelait à la jeune fille les illustrations de ses manuels scolaires. Elle vit successivement autour d’elle une armoire gigantesque, une commode ridiculement petite à côté, un lit à baldaquin, un secrétaire qui lui évoqua celui de sa grand-mère. La malle qu’elle venait de refermer se trouvait toujours devant elle, contre un mur couvert d’une tapisserie épaisse, d’apparence veloutée. Ses pieds nus foulaient un tapis moelleux, épais et doux. La chambre sentait les fleurs fraîches – celles déposées dans un grand vase sur la commode, mais une odeur un peu âcre lui chatouilla les narines, la même odeur que celle du linge qu’elle avait sorti de la malle. Emily cligna des yeux, stupéfaite. L’excitation qu’elle avait éprouvée en entrant dans le grenier avait disparu, pour laisser place à un étonnement profond, teinté d’une angoisse sourde. Trois coups brefs mais puissants frappés à la porte de la chambre firent sursauter la jeune fille. Elle lâcha la boîte à musique, qu’elle tenait toujours : celle-ci atterrit sur la moquette, y rebondit mollement avant de se figer. La porte s’ouvrit, une figure juvénile couverte de taches de rousseur se dessina dans l’encadrure.

– Mademoiselle, n’êtes-vous pas prête ? Tout le monde vous attend dans la salle de bal, il faut vous dépêcher !

La porte se referma aussitôt dans un claquement sec, et Emily resta seule, encore plus désemparée. Une salle de bal ? Mais où diable avait-elle atterri ? La porte s’ouvrit de nouveau et la même figure se glissa :

– Votre robe est dans l’armoire, ne traînez pas !

Nouveau claquement sec. Emily se retourna et se dirigea vers l’armoire. Elle l’ouvrit difficilement, les portes massives grincèrent. Un seul cintre portait une unique robe qui coupa le souffle de l’adolescente. Elle la sortit et l’observa, les yeux brillants. Elle tenait devant elle une robe de princesse, ni plus ni moins. La seule ombre au tableau était l’atroce odeur de renfermé et d’autre chose, de plus piquant, qui s’en dégageait. Malgré la beauté de l’étoffe, les couleurs chatoyantes, Emily n’avait pas envie de s’en vêtir. Et puis qu’est-ce qui l’obligeait à le faire ? Après tout, son pyjama était très confortable et très seyant. Et puis, elle ne voulait pas aller au bal mais retourner dans sa chambre. Soudain, la réalité de cette idée la frappa de plein fouet : l’endroit où elle se trouvait n’existait pas. Elle devait retrouver son grenier, sa chambre, sa maison. Peut-être tout cela n’était-il qu’un simple cauchemar ? Elle se pinça, se fit mal, grimaça. Peut-être que cette histoire de pincement, ce n’était que du pipeau, qui sait ? L’inquiétude s’emparait d’elle lentement, sournoisement. Emily s’approcha de la malle et l’ouvrit. Elle était stupidement vide. Son rythme cardiaque s’accéléra insensiblement. Emily ramassa la boîte à musique, remonta le mécanisme. Il se laissa faire mais dès qu’elle le lâcha, il renvoya son lamentable « poc poc » de désespoir. Les valseurs sur la plate-forme s’élancèrent dans leur danse puis s’interrompirent, comme des robots défaillants. Emily attendit. Trente secondes plus tard, le « poc poc » résonna de nouveau, les danseurs s’agitèrent spasmodiquement, s’arrêtèrent. Il n’y avait rien à tirer de là et le grenier n’était pas revenu là où il aurait dû être.

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