Chapitre 2 : Timothée

La porte du bureau s’ouvrit et le petit médecin, impeccable dans sa tenue qu’il voulait « jeune » parce que sans cravate, leur ouvrit la porte avec un sourire aussi chaleureux qu’une giboulée de mars. Il les fit entrer tous les trois, voulut serrer la main de Timothée qui garda la sienne bien au chaud dans sa poche :

– Non, c’est bon, j’voudrais pas chopper la grippe.

Le pédopsychiatre haussa les sourcils, interrogatif.

– Laissez tomber, conclut l’adolescent en allant s’installer dans l’un des sièges qui les attendait.

Ses parents suivirent, non sans s’être excusés pour le comportement de leur fils adoptif. Ils remercièrent d’abord le médecin pour les avoir reçus si rapidement. Puis ils exposèrent la dispute de la veille, celle de l’avant-veille, celle des jours précédents, puis des semaines passées et d’autres encore. Il s’épanchaient comme si c’était pour eux que le psy avait accepté le rendez-vous. Celui-ci les laissa parler mais Timothée sentait bien qu’il n’en avait rien à faire, de leurs bavardages. Il tenait dans ses mains un dossier épais comme un dictionnaire : le sien. Il semblait s’y accrocher comme si la solution à tous les problèmes s’y trouvait. Bon sang, il le caressait même du pouce !  Une lueur de fierté brillait dans son regard, une étincelle de satisfaction. Timothée fronça les sourcils. Le médecin avait du nouveau, et cela ne sentait pas très bon pour lui. Dès que le flot de paroles thérapeutiques des parents se fut tari, le médecin prit la parole, agressant les tympans de Timothée avec sa voix nasillarde.

– Madame, Monsieur Lesconat, je dois vous annoncer une nouvelle d’une importance cruciale. Ce n’est pas facile pour moi de vous dire cela et ce ne sera pas facile à entendre, ni pour vous, ni pour Timothée. C’est la raison qui m’a poussé à vous prendre si vite en rendez-vous d’ailleurs, car de toute façon, je devais vous recevoir pour vous en faire part.

Il laissa planer un silence lourd de suspens, pour ménager son effet comme pour annoncer une grossesse. Timothée planta son regard le plus sauvage dans les yeux cliniques du médecin. Il déglutit et enchaîna.

– J’ai avec moi les résultats des tests que nous avons fait passer à Timothée. Il s’avère que cet enfant est surdoué, il présente une avance cognitive et langagière bien supérieure à la moyenne de son âge.

– P’tain accouche. J’le sais déjà ça.

Le psychiatre toussota.

– En réalité, nous avons enfin mis un nom sur ce dont souffre Timothée. Il s’avère qu’il souffre d’une certaine forme de psychopathie et qu’il faudr…

– Nan, mais j’hallucine, j’suis pas un putain de tueur !

– Non non, Timothée, pas du tout. Cela signifie juste que ton esprit est malade et qu’il f…

– Tu dis qu’j’suis fou quoi ! Vas-y, bouffon…

Timothée sentit venir une sensation familière, qui pour la première fois de la journée estompa la peur qui lui nouait les tripes depuis son réveil nocturne. Sa vue se voila et tout se teinta d’un rose inquiétant. Son attention se focalisa sur le psychiatre en face de lui qui visiblement tentait de le calmer et de lui expliquer les choses. Le reste n’était plus qu’un paysage flou et accessoire qui perdait peu à peu de sa consistance. Il saisit encore plusieurs phrases avant de perdre le fil et de se lever d’un bond de sa chaise pour se jeter à la gorge du médecin. Seule comptait son envie de le faire taire, par tous les moyens possibles, et le plus vite possible. Soudain, il se sentit tiré en arrière et maintenu par une poigne puissante. Le médecin, un peu dépenaillé, s’empara d’un objet que Timothée n’identifia pas. Il ne voyait plus que du rouge, des fantômes teintés de rouge qui gesticulaient autour de lui et disaient des choses incompréhensibles. Une sensation de froid sur son bras, une brève douleur vite effacée et Timothée fut relâché. Il se jeta sur le Dr Blouay mais ses muscles ne répondirent pas. Il avait l’impression de marcher dans du coton, de s’enfoncer dans le sol. Il tomba, perdit connaissance. Lorsqu’il rouvrit les yeux, le bureau du Dr Blouay avait disparu.

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  1. Patrick Jane dit :

    Leurs seuls points communs c’est qu’ils ont à peu près le même âge et ont entendu ce bruit dans la nuit.
    De vieilles bâtisses, des plafonds craquelés.
    Quelque chose a changé dans leur monde ou en eux?
    Qu’est ce qu’Emily a à voir avec le rouge, elle n’est pas violente et ne s’emporte pas.
    Est ce qu’elle serait amoureuse?
    Je suis définitivement pas aussi bon que celui que je prétends être.

    Un seul bruit qui ressemble à un poc poc pendant la nuit et je ne dors plus jusqu’au petit matin, merci Musyne!

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