Chapitre 2 : Timothée

Timothée se réveilla en sursaut, le cœur étreint par une sensation étrange. Il attrapa son portable d’une main hasardeuse et l’écran lui renvoya une lumière vive et froide qui lui apprit qu’il était 3h52. L’appartement baignait dans le silence. Timothée ne se souvenait pas d’avoir fait un cauchemar, pourtant, il tremblait un peu et se sentait oppressé. Il se sentait moite. Et contrarié par ce réveil impromptu. Il calculait déjà que, le temps qu’il se rendorme, il serait au moins 4h10. Ce qui amènerait la sonnerie de son réveil en plein sommeil profond. Le jeune garçon pesta. Ce serait une journée propice au rouge, comme à chaque fois qu’il dormait mal. Le « poc poc » s’était interrompu avec la pluie, mais le vent mugissait toujours. Timothée se redressa et observa sa chambre. La lueur des réverbères, à l’extérieur, se reflétait partiellement sur le mur opposé et illuminait le mur nu, recouvert d’une peinture verte. Il n’avait pas voulu décorer la chambre, parce qu’il ne souhaitait pas y rester. Depuis qu’il était balloté de familles d’accueil en foyers, Timothée avait appris à ne pas s’attacher aux lieux et encore moins aux personnes. Lorsque les gens découvrait qui il était vraiment, c’était toujours la même histoire : ils avaient peur de lui. Ils le rejetaient, ou l’envoyaient voir son pédopsychiatre, le Dr Blouay. Celui-ci trouverait sûrement intéressant son réveil nocturne. Le Dr Blouay trouvait toujours tout intéressant. Il se caressait le bouc entre le pouce et l’index, hochait la tête comme une marionnette et déclarait d’une voix nasillarde : « C’est intéressant, Timothée. Continue donc. »

Timothée pourrait lui raconter, au prochain rendez-vous, qu’il avait certainement fait un cauchemar affreux, qu’il savait qu’il avait fait un cauchemar affreux, mais qu’il ne s’en souvenait pas. Il pourrait ajouter que ce cauchemar était tellement horrible qu’il avait dû en ramener un bout avec lui, parce que même sa chambre ne lui semblait pas sûre. Oui, Timothée pourrait lui raconter ce qu’il ressentait, là, assis sur son lit à 3h52. Mais il ne le ferait pas, parce que le Dr Blouay n’était qu’un abruti de médecin qui voulait coller une étiquette sur son front, lui donner les médicaments adéquats pour que tout le monde ait enfin la paix et toucher son chèque à la fin du mois. Un frisson lui parcourut le corps. Il se glissa sous la couette, apeuré comme un gamin de huit ans. Rien ne bougeait autour de lui, pourtant il ne se sentait pas en sécurité. Oh oui, il avait ramené quelque chose de son cauchemar. Il ne voyait pas d’autre explication à cette peur irrationnelle qui lui comprimait le ventre.

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  1. Patrick Jane dit :

    Leurs seuls points communs c’est qu’ils ont à peu près le même âge et ont entendu ce bruit dans la nuit.
    De vieilles bâtisses, des plafonds craquelés.
    Quelque chose a changé dans leur monde ou en eux?
    Qu’est ce qu’Emily a à voir avec le rouge, elle n’est pas violente et ne s’emporte pas.
    Est ce qu’elle serait amoureuse?
    Je suis définitivement pas aussi bon que celui que je prétends être.

    Un seul bruit qui ressemble à un poc poc pendant la nuit et je ne dors plus jusqu’au petit matin, merci Musyne!

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