Chapitre 1 : Emily – Partie 2 : Le grenier.

Emily était désormais au milieu de la pièce, cernée par les cartons, les malles et autres valises. Un montant supportait le poids de vieux manteaux et lui barrait la vue vers l’autre côté. Elle le contourna, toujours silencieuse. Derrière elle, la fragile lueur provenant du couloir s’estompa puis disparut, comme si la trappe n’avait jamais existé. Tendue vers son objectif, Emily ne s’en rendit pas compte. La seconde moitié du grenier était celle dans laquelle était entreposés ses affaires. Le « poc poc » qui la narguait venait de là, et l’attendait. Les cartons étaient entreposés n’importe comment dans cette partie. Là où ils avaient été soigneusement alignés, ils formaient désormais une sorte de cercle qui invitait la jeune femme à se rendre en son centre. Pour ce faire, elle dut même en enjamber un, petit et carré. Comme un cadenas à ce cercle, une énorme malle était posée en face du petit carton timide. Sans savoir vraiment comment, Emily sut que le bruit provenait de la malle. Elle inspira profondément avant de s’en approcher. Elle s’accroupit devant l’objet, qui était du coup presque aussi haut qu’elle. Une serrure gigantesque l’observait, tel un œil de cyclope. Un loquet se lovait contre elle, provocant. « Ouvre-moi ! » criait-il de tout son être de métal. L’adolescente ne résista pas à la prière muette et encore moins à sa curiosité. Le métal pivota parfaitement. Emily souleva le couvercle de la malle de ses deux mains. Un formidable grincement témoigna de la vétusté de l’objet et surtout du temps qu’il avait passé là sans jamais être visité. Les mains crispées sur le rebord, Emily sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Obligé : ce bruit perçant avait réveillé ses parents. Elle attendit, à genoux dans la poussière, l’appel qui ne manquerait pas d’arriver. Devant elle, le coffre à moitié ouvert attendait aussi, camouflant encore son contenu, le conservant pour le moment où elle serait prête à le découvrir. Les minutes s’égrenèrent. « Poc poc », toutes les trente secondes, intensifiant davantage le passage du temps, le suspens intenable. Rien n’arriva.

Emily souffla, puis se concentra à nouveau sur la malle. Elle l’ouvrit en grand et plongea le regard dans ses entrailles. De vieux chiffons préservés de la poussière la remplissaient. Des draps, des taies d’oreillers, même quelques torchons. Une odeur de renfermé, presque de moisi, s’en dégageait. L’adolescente fronça les narines et commença à vider la malle : le tissu ne pouvait pas faire de bruit, encore moins de « poc poc » agaçants. Lorsque la malle fut vide, elle vit enfin ce qu’elle était venue chercher. C’était une boîte en bois sombre, bêtement cubique. Elle faisait une dizaine de centimètres. Insignifiante. Mais le bruit venait bien de là, puisqu’il semblait désormais l’interroger, toutes les trente secondes : « Poc poc ? ». Emily se redressa, tenant la boîte dans ses mains. Elle l’essuya, et l’observa : elle pouvait s’ouvrir. Un bouton-pressoir, très discret, se trouvait sur l’un des faces. Elle le pressa, le couvercle se redressa d’un coup sec. Se faisant, une petite plate-forme ronde se souleva pour atteindre la surface du cube sur laquelle plusieurs petits couples de valseurs étaient figés en une danse éternelle. Le « poc poc » s’était interrompu. Les doigts de l’adolescente rencontrèrent au dos de la boîte une trappe. Une fois ouverte, celle-ci dévoila un mécanisme à remonter : une boîte à musique.

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  1. Anastasia dit :

    De Saint-Pétersbourg jusque dans le Morbihan, les boîtes à musique usent de leur magie.

    J’espère simplement pour Emily que ce n’est pas de la magie noire, parce qu’une boîte qui pocpoque n’a rien de très attrayant.

    J’attends le moment où ton homonyme fictive va se réveiller d’un étrange cauchemar. Tire-la de ce mauvais pas Oohh maîtresse de sa destinée.

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