Chapitre 1 : Emily – Partie 1 : La chambre.

 Alors qu’Emily visualisait le triomphe arachnéen, elle fut tirée de sa rêverie par un bruit insolite. Un « poc poc » très léger, diffus même, mais répétitif. « Poc poc » ? La toile d’araignée s’effaça et la jeune fille aiguisa son ouïe. Elle s’était habituée à l’agitation nocturne et à ses sons : le léger ronflement qui provenait de la chambre de ses parents, les pas d’un piéton qui martelaient l’asphalte du trottoir rapidement, les aboiements d’un chien, la plomberie qui couinait, le bois qui grinçait. Au début, ces bruits l’avaient inquiétée puis elle les avait apprivoisés et reconnaissait le moindre d’entre eux. Le « poc poc » était nouveau. Inconnu, et un peu sournois. Il semblait venir de nulle part et de partout, il semblait proche et lointain à la fois. Il n’appartenait à rien. C’était un « poc poc » contrariant. Emily s’empara de son téléphone et lança le chronomètre. Le bruit était répétitif, et suivait un rythme régulier. Il s’écoulait trente secondes entre chaque reprise. Pas une de plus, pas une de moins. Voilà qui était des plus étranges.

 Emily se redressa dans son lit et observa l’espace sombre de sa chambre. Sa vue s’était adaptée à l’obscurité et elle discernait bien son bureau, à droite, la chaise rangée à côté. Son armoire, en face, et les reflets que renvoyaient le miroir. Son sac de sport négligemment posé au sol, dans le coin de la porte, et de suite après, le confortable et énorme pouf sur lequel elle adorait s’affaler pour discuter avec les copines lorsqu’elles venaient chez elle. En face, la colonne en verre dans laquelle elle mettait les miniatures de parfum qu’elle collectionnait – déjà quarante-neuf, elle n’était pas peu fière. Les étagères ensuite, dans lesquelles trônaient quelques livres et beaucoup de peluches, seule concession à l’enfance qu’elle s’autorisait. Le « poc poc » la provoquait : « Tu ne sais pas d’où je viens, hein ? Ahah ! Tu ne m’auras pas ! » Il pocpoquait de plus belle. Face à une telle insolence, Emily ne vit qu’une solution : elle se leva, ferma les yeux et se concentra sur son origine.

 Il apparut alors que le bruit venait d’au-dessus. Emily observa le plafond et sa peinture craquelée, comme s’il allait disparaître pour lui dévoiler ce qui se cachait là-haut. Quelque chose se trouvait dans le grenier, quelque chose qui faisait « poc poc » toutes les trente secondes. Emily se mordilla les lèvres, taraudée par la curiosité. Elle allait devoir être très discrète pour percer ce mystère. Pour atteindre le grenier, elle devait traverser le couloir, passer devant la chambre de ses parents, atteindre la trappe qui se trouvait juste après, l’ouvrir et faire descendre l’échelle. Le tout sans réveiller personne. Elle se voyait mal expliquer à son père ce qu’elle faisait en pyjama dans le grenier en pleine nuit, au lieu de dormir comme tout enfant sage qui se respecte. « Poc poc ». C’en était trop, il fallait qu’elle sache. Emily entrouvrit la porte de sa chambre et risqua un regard dans le couloir. Tout était éteint, la maison dégageait les douces vibrations propres au calme nocturne. La respiration régulière de ses parents, qui dormaient toujours la porte ouverte, parvenait aisément aux oreilles de la jeune fille. Elle avança lentement, posant délicatement ses pieds nus sur le parquet en bois. Une planche grinça, déchira le silence. Emily s’arrêta instantanément : fichue vieille maison. Elle tendit l’oreille, guetta les souffles endormis. Ils lui parvinrent, intacts. Le « poc poc » aussi.

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  1. Luis dit :

    Hola guapita,
    et me voilà tout haletant, attendant la suite avec impatience !
    N’oublie pas que j’existe !
    Mille bisous, Luis.

  2. FRANCOISE dit :

    Toc, Toc, Toc, j’attends la suite impatiemment!

  3. Frank Abagnale dit :

    Eh Calliope, on a envie de te lire encore.
    Vite la suite !
    Tu as démuselé des souvenirs de quand j’étais enfant ; ces bruits étranges, ce grenier sombre, ses ombres et cette imagination débordante.
    J’étais tout de même pas aussi téméraire que cette fillette, à croire que les Emilie ont ça en elles.

    Je rajouterai le verbe toctoquer à mon vocabulaire.
    Continue, je ma muse et mes meus à chaque fois.

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