Chapitre 1 : Emily – Partie 1 : La chambre.

Ceci est la première partie du premier chapitre d’un projet plus long, que je publierai ici en épisodes.

Cette « oeuvre » s’intitule « La Ballade du Rouge ». Elle racontera les aventures de deux adolescents plongés dans un monde d’anciennes légendes, de mythes bretons, quelque peu revisités.

Bonne lecture !

Cela faisait plusieurs nuits qu’Emily dormait mal. Elle se tournait encore et encore dans son petit lit, sortait une jambe à l’air frais de la chambre, la remettait sous la couette, roulait son oreiller sous sa tête, puis sur sa tête, basculait sur le ventre, puis le dos, puis le côté, avant de revenir sur le ventre. Elle finissait par s’endormir puis se réveillait de nouveau, à peine une heure plus tard, tendait la main vers son téléphone portable, regardait l’heure qui n’avançait pas, soupirait. Elle avait tenté de compter les moutons, de boire de la tisane avant d’aller au lit – ce n’était vraiment pas bon d’ailleurs, de lire un vieux roman abandonné à la poussière de l’étagère, d’éteindre la lumière le plus tard possible – son père n’avait pas apprécié cette expérience d’ailleurs : rien n’y faisait. Emily avait le sommeil en vrac.

 Pourtant, elle ne se sentait pas fatiguée. Bien au contraire, elle n’avait jamais été aussi bien que ces derniers temps, depuis qu’elle ne dormait que par intermittence. Lorsque le réveil sonnait, à six heures et demie tapantes, elle se dressait hors de son lit, heureuse de mettre fin à une nuit d’attente. Lorsqu’elle se couchait, le soir, à vingt-deux heures, parfois vingt-trois heures si ses parents l’autorisaient à regarder un film, elle n’avait pas du tout envie de dormir. Emily n’avait plus sommeil, du tout. Dormir était devenu inutile. Le plus pénible était l’ennui : si Emily avait été adulte, elle aurait mis à profit ce temps vacant pour un tas d’activités. Mais à quinze ans, on était sensé dormir. Elle n’avait pas l’autorisation de veiller.

 En début de nuit, elle en profitait pour envoyer des sms à ses copines. Des conversations à la lueur bleutée de l’écran, sous la couette. C’était amusant de parler de tout et rien jusqu’à des heures complètement indues. Mais ses amies cédaient au sommeil et passée une certaine heure, les réponses s’espaçaient, puis venait irrémédiablement le message final, le souhait d’une bonne nuit qui ne s’exauçait pas. Emily restait éveillée alors que le monde dormait autour d’elle.

 Cette nuit-là, il devait être deux heures du matin environ, elle contemplait son plafond. La peinture blanche s’écaillait par endroits : la maison était vieille. Elle imaginait un parcours d’un trou de peinture à l’autre, un circuit que pourrait emprunter une fourmi, ou mieux une araignée. Celle-ci slalomerait en évitant les pièges tendus, ne devrait pas poser la moindre patte dans un interstice sous peine d’y rester coincée et de mourir là, bêtement, de faim sûrement. Ce serait un vrai défi que de traverser la chambre pour rejoindre la fenêtre, et enfin s’échapper vers le grand extérieur plein de promesses et de nourriture. Surtout de nourriture. Elle s’échapperait par l’espace minuscule sous la fenêtre, celui qui laissait toujours filtrer un peu d’air, et une fois à l’extérieur, elle tisserait une superbe toile, autant pour piéger ses futures proies que pour montrer à tous qu’elle avait traversé la chambre, qu’elle avait relevé le défi de la peinture écaillée.

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  1. Luis dit :

    Hola guapita,
    et me voilà tout haletant, attendant la suite avec impatience !
    N’oublie pas que j’existe !
    Mille bisous, Luis.

  2. FRANCOISE dit :

    Toc, Toc, Toc, j’attends la suite impatiemment!

  3. Frank Abagnale dit :

    Eh Calliope, on a envie de te lire encore.
    Vite la suite !
    Tu as démuselé des souvenirs de quand j’étais enfant ; ces bruits étranges, ce grenier sombre, ses ombres et cette imagination débordante.
    J’étais tout de même pas aussi téméraire que cette fillette, à croire que les Emilie ont ça en elles.

    Je rajouterai le verbe toctoquer à mon vocabulaire.
    Continue, je ma muse et mes meus à chaque fois.

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